Psycholand (Shutter Island, Martin Scorsese, 2010)

affiche_shuttlerislandCe film de M. Scorsese est à ranger dans la catégorie « film à procédé » : tel « 6ème sens » (Shyamalan), un « twist » final est censé provoquer des imparables « wouhaou » et autres « nonnn ! » (à chacun sa faculté d’étonnement…). Contenu et forme d’un tel film doivent inévitablement participer à creuser un besogneux mais invisible sillon vers le fatal retournement. « Objectivement » limité, le « film à procédé » est donc peu susceptible de profiter aussi facilement qu’un film de facture « classique » du répertoire infini des inventions cinématographiques. Pourquoi alors s’emprisonner dans un tel choix quand on est M. Scorsese ? Sans doute en comptant sur un talent incontesté pour s’en affranchir (non, pas d’allusion facile). Par exemple en empruntant conjointement de multiples pistes scénaristiques : « Thriller » avec enquête policière, scènes d’action au décor insulaire singulier, horreur choc ou sanguinolente, drame familial traumatique, évènements historiques à l’écho universel… Malheureusement, le « film à procédé » ne semble pas soluble dans la richesse scénaristique. Sa « pauvreté » est persistante et par contraste, devient au contraire aveuglante.

Par ailleurs enrobée d’hypertrophies formelles (flash-back appuyés, musique omniprésente, ralentis…) cette pauvreté dans « Shutter Island » est renforcée par une intrigue réduite à un contenu saturé de psychopathologie. Ainsi, le film s’apparente rapidement à une sorte de documentaire sans grand intérêt sur la folie car entremêlant sans distinction images réelles et hallucinations. Cette pauvreté est encore aggravée par la vacuité de la fin qui donne curieusement tort au « héros » et claironne une bien douteuse idéologie. La folie de l’individu est en effet montrée plus forte que la capacité de persécution d’une institution alors que des images ont pourtant rappelé les ravages du nazisme… Pessimisme ? Nihilisme ?.. Voilà un film obèse sur la forme, et sur le fond, bien triste et pauvre sur la condition humaine…