Les frères si ternes | Les frères sisters, Jacques Audiard, 2018

Je ne suis pas un adepte du cinéma de Jacques Audiard. Trop cérébral, littéraire et bavard pour moi. J’attends sans doute moins de mots que de l’action, du spectaculaire et du divertissement dans une oeuvre composite et équilibrée d’images et de sons qui bouscule les sensations pour remuer métaphoriquement l’entendement. Je ne partage donc pas l’enthousiasme critique de la presse et du public suscité par la plupart de ses films. Mais je  m’efforce de l’écouter et de la respecter -en contenant cette colère sourde où mon incompréhension se pare du masque hideux de l’intolérance et d’une suspicion qu’une bienveillance complaisante et arbitraire entoure ce réalisateur- : d’où cette séance tardive de rattrapage en VOD.

Aucune surprise donc dans cette nouvelle déconvenue ! C’est en effet bavard comme d’habitude, porté davantage par les dialogues que par l’action, par les mots que par l’image, par l’explicite que par l’ellipse ou la parabole.

Mais il y a aussi un autre défaut plus inédit . Un discours monolithique globalement humaniste taillé dans un vocabulaire recherché, voire raffiné semble découpé en tranches identiques, indistinctes et réparties uniformément entre les différents protagonistes comme un même gâteau voit ses parts équitablement distribuées. Bref, les personnages principaux parlent d’une seule et même voix en dépit de leurs différences de comportements pour se fondre dans un méta-personnage dont ils seraient chacun une partie. Autrement dit, le film se racornit autour d’une voix et d’un personnage.

Résultat : les différences affichées de caractère se diluent, s’annulent, se discréditent ou se contredisent en perdant toute substance dans un même brouillard homogénéisant : le frère « sensible » reste violent, le violent, sensible etc. Les enjeux alors s’écroulent et le film creuse un sillon inconsistant et prévisible.

Pourtant, l’histoire suscite un intérêt car on perçoit à travers sa superficialité, des enjeux inexplorés. L’un d’eux est le basculement historique vers notre société moderne industrielle de consommation dont le film montre quelques signes précurseurs.

J’ai fait le pari que l’ouvrage de Patrick deWitte ici adapté devait rendre justice à cet enjeu éminemment romanesque. Et bien non : le roman charrie bien plus laborieusement encore les mêmes pesanteurs que son frère cinématographique.

En résumé, il faut reconnaître à Jacques Audiard d’avoir à partir d’un mauvais roman fait à mes yeux, un film médiocre.

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