Tact très con | Premier contact, Denis Villeneuve, 2016

Séance de rattrapage en VOD d’un film soigneusement évité à sa sortie en raison d’une suspicion de bienveillance de la critique spécialisée à l’égard de son réalisateur, Denis Villeneuve, notamment depuis Sicario, selon moi outrageusement (oui, je sais, je suis excessif) surestimé.

Et bien, malheureusement, mon verdict est sans appel : ma suspicion est très largement confirmée.

Premier contact est un film farci (clin d’œil bien potache mais ça défoule, à la langue farsi évoquée dans le film) de défauts. Le pire est la bêtise du scénario au moins aussi colossale que les dimensions gigantesques des vaisseaux qui abritent nos visiteurs extraterrestres, sorte de curieux grattes ciels volants monolithiques et ovoïdes.

Cette bêtise est pétrie d’un anthropocentrisme (voir plus loin) sculpté avec un sérieux ridiculement risible dans le marbre le plus pesant.  Mais voyez par vous-mêmes : Des aliens, sorte de calamars géants débarquent sur notre planète sans prévenir, sans raison apparente et sans rien demander. Ils sont là, muets comme des seiches, enfermés dans leurs suppositoires géants en suspension sur nos têtes. Et voilà les bons humains scientifiques lancés dans la quête éperdue de compréhension de cet exhibitionnisme certes silencieux mais quand même un tantinet ostentatoire. Non, mais des fois. Nos céphalopodes venus d’ailleurs, probablement commotionnés par le décalage horaire interplanétaire, comprennent alors que « nous essayer de communiquer avec eux ». Ils se mettent en guise de langage à cracher une encre noire comme il se doit lorsqu’on est un poulpe bien éduqué. Nos scientifiques émerveillés de tant de courtoise attention se mettent alors à étudier ces excrétions baveuses avec une avidité de Champollion face à la Pierre de Rosette. Nos pieuvres sidérales montrent en revanche bien peu de curiosité à notre égard en dépit d’une supériorité scientifique flagrante qui pourrait faire de l’apprentissage de la langue anglaise une partie de rigolade pleine de gesticulations tentaculaires trop drôles.  Mais voilà, nos heptapodes (allez, petit jeu car je sens une ambiance plombée : combien de tentacules ont nos ET ?) sont bien cosmiques mais pas comiques du tout. C’est d’autant plus ballot que ces projections encrées renferment une telle complexité qu’on se garde bien de nous la faire partager alors que vraiment, j’insiste, des cours d’anglais auraient été bien plus agréables pour tous.

Ce premier écueil est d’autant plus insurmontable que l’apprentissage de la langue poulpesque dure, et qu’à part ça, rien d’autre ne se passe. Alors, soit on se prépare un plat de calamars car, comme chacun sait, la vengeance se consomme chaude, soit on attend, en se persuadant qu’autant d’idiotie ne peut être que le masque trompeur dont s’est parée l’intelligence la plus perfide. Et bien je vous conseille l’option culinaire car le twist final qui se prépare est un pas de plus et de trop vers le n’importe quoi.

Voilà l’affaire : les calamars nous font un cadeau. Le nouveau problème est que, non seulement sa valeur en soi peut être infiniment discutée mais en plus, il ne vise à terme, qu’à servir leur propre intérêt.

Bref la moralité de ce fatras pourrait être, pour se poiler sans spoiler : rassurez-vous, le calamar est peut-être plus intelligent que vous mais il le montre très peu, reste sacrément égoïste et n’a aucune disposition pour l’anglais (et quand même, il est aussi très moche).

Enfin pour conclure, retrouvons un peu de sérieux après autant de rigolade. Ce film reproduit avec réalisme ce qui pourrait être le protocole expérimental de l’étude scientifique de la communication animale par l’homme, en tant animal supérieur. Denis Villeneuve oublie juste qu’il ne réalise pas un tel documentaire mais un film de science fiction où l’animal supérieur n’est plus censé être l’homme mais l’entité extraterrestre. Cette absence de décentration, typique de l’anthropocentrisme, est au cœur, à mes yeux du ratage complet de son film.

Qui pourra m’expliquer la bienveillance protectrice inconditionnelle de la presse spécialisée  à l’égard de certains réalisateurs ? Vive le cinéma !

Franz

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