La pas perdue série Z | The lost city of Z

Bien loin de moi la volonté de mettre en cause le talent de James Gray dont je partage le plébiscite critique et public en dépit de réserves face à de possibles accents mélodramatiques à mes yeux excessifs comme par exemple ceux de Two lovers. Il ne faudrait pas pour autant, au nom de ce talent attesté par la qualité majoritairement reconnue à la plupart de ses films, que James Gray reçoive un traitement particulier comme d’autres avant lui pour des raisons analogues. Ce traitement est l’impunité critique.
Tout se passe comme si réussir plusieurs fois abritait de tout échec. Se met en place un bouclier de bienveillance protecteur renforcé par l’usage de lunettes compassionnelles qui empêcheraient désormais toute objectivité. Tim Burton, Woody Allen, Clint Eastwood, Night Shyamalan (que la constance dans le ratage a fini par être sanctionnée -avant une actuelle miraculeuse renaissance ?-), Pedro Almodovar… sont quelques représentants de ces artistes protégés par la grâce d’indéniables réussites.
On peut expliquer cette irrationalité apparente par la difficulté de lutter contre la passion idolâtre que le cinéma excelle à nourrir ou de faire simplement l’aveu qu’un amour pour un réalisateur a été trahi. Cette difficulté se complique chez les critiques de la presse officielle d’enjeux et d’intérêts économiques croisés qui ne favorisent pas la liberté d’opinion.

Ce préambule libère le cri qui m’enrage : Quel film raté que « The lost city of Z » ! Quel insurmontable ennui que le visionnage de cet interminable objet indigeste. Je ne vois rien qui puisse être sauvé tant s’accumulent les traits d’un navet parfait. Les acteurs d’abord. Tous sans exception semblent atteints d’une paralysie partielle qui empêcherait la manifestation d’expressivité émotionnelle ou de tout geste doté d’une mobilité à peu près ordinaire.
Le scénario ensuite. La métamorphose de cet officier avide de réussite en explorateur porteur d’une mission civilisatrice universelle est complètement invraisemblable. L’indifférence portée au fondement historique de cette fameuse city of Z ôte à l’intrigue même du film toute plausibilité et tout intérêt. De là, un écueil de fond plus redoutable encore : L’impossibilité de toute compassion vis-à-vis de ce héros. Son sacrifice d’une vie de famille décrite comme idyllique au nom d’un invraisemblable motif devient le symptôme d’une insondable stupidité, doublée d’une profonde irresponsabilité paternelle (3 enfants l’attendent toute leur vie) et couronnée par une ambition sociale indéfendable. Dès lors, l’abdication de l’épouse pourtant portraiturée comme une féministe d’avant garde renforce le ridicule de l’ensemble.
Par malheur, le spectacle ou l’action ne fournit aucune compensation à moins de s’extasier devant l’apparition éphémère de quelques bébêtes et de paysages dignes d’un banal jardin exotique.
Enfin, il y a la mise en scène. Là, le traitement linéaire de 2h20 est intellectuellement pénible et physiquement épuisant. Dès lors, l’ambition artistique pourtant estimable de certaines reconstitutions échoue à séduire pour s’épuiser dans le ridicule. En outre, et paradoxalement la traduction de la durée de l’action réelle, étendue sur 20 ans, est un échec. Certes, les acteurs se rident mais uniquement sous l’effet du maquillage, car le temps, interminable dans la salle de cinéma est absent à l’écran. Trois expéditions successives en Amérique du sud sont restituées comme on fait ses courses à l’épicerie du coin et leur immatérialité les fait sombrer dans l’abstraction. La dernière de ces expéditions, censément, l’acmé, l’apogée, l’apothéose sensible et esthétique du film m’a trouvé dans la plus parfaite indifférence endormie. Je peine à choisir le terme le plus propre à qualifier la fin qui mêle père et fils dans une destinée commune. Je vous laisse donc le choix du terme : 1) stupide 2) irresponsable 3) ridicule 4) tristement risible. Ci et là, vous pouvez tromper votre ennui si vous êtes joueur, en relevant d’autres symptômes de ce film malade : l’application invraisemblablement scolaire de certains raccords, le piteux « twist final », la pesanteur d’incrustations de texte en guise de label « histoire vraie ». Symptômes que le marteau, outil avec lequel ce film semble avoir été fabriqué n’est pas le plus indiqué.

Allez, de la légèreté pour finir : laissons la city of Z à sa perdition pour s’écrier : si elle est morte, vive le roi, le roi (pas si) Kong !
« Kong : skull island », autre film d’aventure mais dans la catégorie « blockbuster » si souvent déconsidérée, demande bien moins de bienveillance pour en apprécier la réussite formelle et finalement, par comparaison, l’intelligence. Vive le cinéma !

François, sois franc !

Vous en connaissez peut-être. Ceux dont on se permet de dire : pauvres types ou pauvres mecs. Leur bêtise est à la fois aveugle et vaniteuse. Ils vocifèrent leurs ineptes provocations à la morale, la raison ou la logique pour s’extraire de leur prison d’indignité, de folie ou d’idiotie tout en sachant confusément la vanité de leurs efforts. Ils nous inspirent de la colère et en même temps de la compassion car on sait avec certitude leur cause perdue. Selon la proportion respective de ces sentiments chez l’un ou l’autre d’entre nous, ils recevront dans leur gueule le poing de certains tandis que d’autres se contenteront d’un regard tendu de mépris dédaigneux.

François Fillon va vers sa perte. Tous les jours, le mur dans lequel il va s’écraser lamentablement se rapproche. Il le sait mais ne peux se résoudre à l’admettre car son aveu mettrait fin à son existence sur la planète fictive dans laquelle il a toujours vécu.

Sur cette planète, les êtres sont appelés élites et bénéficient de privilèges. Anciennement, l’accès à ces privilèges était justifié par la reconnaissance d’un caractère divin à ces êtres. Cette croyance semble d’ailleurs persister dans l’esprit de certains, croyance aujourd’hui identifiée par la psychiatre moderne comme une maladie mentale. Philosophes et sociologues ont aussi clairement montré que le fascisme peut être un des symptômes de cette maladie.

Les légères évolutions de cette planète sont causées par ses rencontres occasionnelles avec celle habitée par le peuple. Plutôt rares, ces contacts interplanétaires sont programmés lors de cérémonies rituelles appelées votes. Après des combats d’idées purement symboliques entre ces élites constitués en clans et arbitrés par le suffrage du peuple, les vainqueurs d’un jour sont les vaincus du lendemain. La distribution des privilèges connaît alors de modiques corrections. Un bouclier constitué de lois édictées par ces élites d’où émanent leurs privilèges protègent leur planète de perturbations banales que sont par exemple les grèves, manifestations ou violences collectives.

Des collisions plus brutales, extrêmement rares et imprévues, surviennent parfois au gré de circonstances historiques particulières relayées par des actions citoyennes de grande ampleur. Les cas extrêmes sont dits révolutionnaires.

Aucun mouvement humain, fût-il révolutionnaire, n’a toutefois jamais renversé la loi astronomique universelle : la révolution est d’abord le mouvement inexorable de planètes sur des orbites étrangers les uns aux autres.

Le peuple va trancher symboliquement la tête de François Fillon. C’est un progrès. Mais la course à travers le temps et l’espace des élites et de leurs privilèges continue.

Pénélope, rime (très) riche…

Il y a, dans l’emploi supposé fictif d’assistante parlementaire de Pénélope Fillon, au moins 4 niveaux de scandale.

> Qu’un élu puisse salarier un membre de sa famille. C’est tout simplement de l’oligarchie : le pouvoir décide arbitrairement qu’une minorité de personnes constitue une classe dominante.

Qu’il n’y ait aucun contrôle de l’effectivité de l’emploi occupé. L’élu est employeur et contrôle lui-même….

> Que le salaire puisse être aussi considérable. Le plafond initial de 4750 € (entre mari et femme) à été porté jusqu’à 7900 € ! (l’astuce : Pénélope Fillon était déclarée assistante du suppléant de son mari). Il ne suffit pas alors selon moi que l’emploi ne soit pas fictif. Il faut aussi et surtout justifier que le travail fourni mérite cette somme hors norme (salaire moyen net en France : 2202 €). Or, on peut légitimement en douter. Le débat ouvert apparaît en conséquence bien fallacieux et n’a finalement à mes yeux guère d’objet. L’emploi exercé par Mme Fillon est à ce titre forcément fictif.

> Que chaque député dispose d’une enveloppe de 9 561 € destinée à  rémunérer leurs assistants (en sus d’un salaire de 7 100,15 €). Je ne vois là qu’insupportables privilèges, vestiges d’un régime monarchique toujours en place (la masse salariale annuelle des 577 députés est donc de 115 millions et 361 802,6 € exactement).

Pour conclure, ce fait met clairement en évidence l’imposture des principes d’égalité et de liberté devant la loi proclamés avec tant de solennité incantatoire dans nos textes constitutionnels. « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui (art. 4) » nous dit la Déclaration de 1789. Et bien c’est faux, quand le « pouvoir faire » de Mme Fillon (recevoir 4900 € d’argent public de son mari sans condition) n’a rien à voir avec celui du citoyen lambda  et quand les les « bornes » de la liberté qui « ne peuvent être déterminées que par la Loi » selon le même texte, ne le sont justement pas. Lorsque la loi est injuste, les citoyens auxquels elle s’applique ont toute la liberté de ne pas avoir de morale.

Une conclusion analogue s’applique évidemment au second emploi supposé fictif de Mme Fillon à la Revue des 2 mondes. Il suffit pour cela de remplacer le « pouvoir faire » de la peut-être future première dame de France, par « recevoir d’un ami en salaire privé 100 000 € sans condition ».

Enfin, ces faits mettent directement en cause un ancien député, ministre, puis premier ministre de la France : François Fillon, a eu le pouvoir législatif puis exécutif, de corriger une loi injuste. Or, il en aurait surtout profité.

Il découle de ces observations que M. Fillon, contrairement à sa moralité autoproclamée, n’en aurait pas, car ses actes trahissent une conception de l’homme ni juste, ni solidaire et surtout pas égalitaire.
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Sources : Libération du 26/01/2016 | http://www.leblogpatrimoine.com/bourse/statistique-sur-les-revenus-et-le-niveau-de-vie-des-francais-en-2016.html | http://www.marianne.net/voici-les-2-notes-100000eu-penelope-fillon-revue-deux-mondes-100249455.html

En bref

  • > Fillon ne fait pas rêver ? Mais si : le cauchemar est un  rêve, non ?
  • > François Fiction| Dans la famille Fillon, tout est fictif. Exemple. Fillon sénateur : 8 interventions et 1 question écrite pour un mandat de 21 mois. Salaire sur la période : 150 000 € bruts, 100 % fictif brut.

Sources : https://www.nossenateurs.fr/francois-fillon| https://www.senat.fr/role/senateurs_info/statut.html

Révolution Hamonienne

Benoit Hamon est un visionnaire. A ce titre, comme tous les visionnaires avant lui, il est rejeté par les hommes sans imagination qui attendent du passé qu’il modèle l’avenir.

Ces hommes, prisonniers de pensées, cultures et valeurs datées, sont incapables de discernement. Ils ne peuvent faire la différence entre une idée neuve déduite de l’analyse du monde tel qu’il est, et une idée farfelue construite à partir d’une représentation fantasmée du monde tel qu’il pourrait être. Ils ne détectent que le connu et s’en délectent.

Exemple : « mon Dieu, il y a 2 gauches irréconciliables !!! »

Admettons. Et alors ? pourrait-on leur répondre. Où est le problème ? Mieux vaut deux, qu’une ou pas du tout. Ne peut-on voir là, le signe d’une transition entre deux modèles, dont l’obsolescence de l’un va se dissoudre dans la modernité de l’autre ?

Écoutons-les encore : « C’est la fin du PS ! ».

Admettons. Et alors ? (etc.). Il est fort possible que le PS soit parvenu au stade historique de sa disparition dont les historiens du XXIIe siècle rapporteront la chronique : « Benoit Hamon, homme politique, président de la République française, initiateur du nouveau parti socialiste… ». La pensée de gauche, elle, est bien en vie, voilà l’essentiel. Pour preuve : elle se renouvelle, nourrie par la vigueur et l’originalité de nouvelles générations.

Mais tendons encore l’oreille : « Allons, disent-ils, le RUE, ça ne peut pas être financé ! ».

Admettons (etc.). Ils confondent politique et comptabilité. Or, l’homme d’Etat n’est pas expert comptable (s’il l’a été un jour, merci de m’expliquer alors le niveau de la dette). La valeur d’une idée ne se mesure pas à sa solvabilité comme l’a magistralement démontré le désormais tristement célèbre CICE. C’est au contraire parce qu’elle est bonne, qu’une idée montrera sa faisabilité financière.

Ces hommes sans imagination pullulent dans les institutions et les mass média qu’ils ont la charge de perpétuer en même temps qu’ils participent à la standardisation des représentations collectives. Parmi eux, de nombreux journalistes dont évidemment quelques dinosaures : http://www.programme-tv.net/news/tv/106178-franz-olivier-giesbert-compare-la-politique-de-benoit-hamon-a-celle-de-donald-trumpi-video/.

Ces hommes sans imagination barreront désormais continuellement la route de Benoit Hamon. Il les trouvera à la tête du public converti à leur conformisme et main dans la main de ses adversaires car ces derniers ne demanderont jamais autant que lui la remise en cause de leur prêt-à-penser.

Il lui faut donc plus que jamais toute notre imagination pour placer l’innovation au pouvoir.