Tact très con | Premier contact, Denis Villeneuve, 2016

Séance de rattrapage en VOD d’un film soigneusement évité à sa sortie en raison d’une suspicion de bienveillance de la critique spécialisée à l’égard de son réalisateur, Denis Villeneuve, notamment depuis Sicario, selon moi outrageusement (oui, je sais, je suis excessif) surestimé.

Et bien, malheureusement, mon verdict est sans appel : ma suspicion est très largement confirmée.

Premier contact est un film farci (clin d’œil bien potache mais ça défoule, à la langue farsi évoquée dans le film) de défauts. Le pire est la bêtise du scénario au moins aussi colossale que les dimensions gigantesques des vaisseaux qui abritent nos visiteurs extraterrestres, sorte de curieux grattes ciels volants monolithiques et ovoïdes.

Cette bêtise est pétrie d’un anthropocentrisme (voir plus loin) sculpté avec un sérieux ridiculement risible dans le marbre le plus pesant.  Mais voyez par vous-mêmes : Des aliens, sorte de calamars géants débarquent sur notre planète sans prévenir, sans raison apparente et sans rien demander. Ils sont là, muets comme des seiches, enfermés dans leurs suppositoires géants en suspension sur nos têtes. Et voilà les bons humains scientifiques lancés dans la quête éperdue de compréhension de cet exhibitionnisme certes silencieux mais quand même un tantinet ostentatoire. Non, mais des fois. Nos céphalopodes venus d’ailleurs, probablement commotionnés par le décalage horaire interplanétaire, comprennent alors que « nous essayer de communiquer avec eux ». Ils se mettent en guise de langage à cracher une encre noire comme il se doit lorsqu’on est un poulpe bien éduqué. Nos scientifiques émerveillés de tant de courtoise attention se mettent alors à étudier ces excrétions baveuses avec une avidité de Champollion face à la Pierre de Rosette. Nos pieuvres sidérales montrent en revanche bien peu de curiosité à notre égard en dépit d’une supériorité scientifique flagrante qui pourrait faire de l’apprentissage de la langue anglaise une partie de rigolade pleine de gesticulations tentaculaires trop drôles.  Mais voilà, nos heptapodes (allez, petit jeu car je sens une ambiance plombée : combien de tentacules ont nos ET ?) sont bien cosmiques mais pas comiques du tout. C’est d’autant plus ballot que ces projections encrées renferment une telle complexité qu’on se garde bien de nous la faire partager alors que vraiment, j’insiste, des cours d’anglais auraient été bien plus agréables pour tous.

Ce premier écueil est d’autant plus insurmontable que l’apprentissage de la langue poulpesque dure, et qu’à part ça, rien d’autre ne se passe. Alors, soit on se prépare un plat de calamars car, comme chacun sait, la vengeance se consomme chaude, soit on attend, en se persuadant qu’autant d’idiotie ne peut être que le masque trompeur dont s’est parée l’intelligence la plus perfide. Et bien je vous conseille l’option culinaire car le twist final qui se prépare est un pas de plus et de trop vers le n’importe quoi.

Voilà l’affaire : les calamars nous font un cadeau. Le nouveau problème est que, non seulement sa valeur en soi peut être infiniment discutée mais en plus, il ne vise à terme, qu’à servir leur propre intérêt.

Bref la moralité de ce fatras pourrait être, pour se poiler sans spoiler : rassurez-vous, le calamar est peut-être plus intelligent que vous mais il le montre très peu, reste sacrément égoïste et n’a aucune disposition pour l’anglais (et quand même, il est aussi très moche).

Enfin pour conclure, retrouvons un peu de sérieux après autant de rigolade. Ce film reproduit avec réalisme ce qui pourrait être le protocole expérimental de l’étude scientifique de la communication animale par l’homme, en tant animal supérieur. Denis Villeneuve oublie juste qu’il ne réalise pas un tel documentaire mais un film de science fiction où l’animal supérieur n’est plus censé être l’homme mais l’entité extraterrestre. Cette absence de décentration, typique de l’anthropocentrisme, est au cœur, à mes yeux du ratage complet de son film.

Qui pourra m’expliquer la bienveillance protectrice inconditionnelle de la presse spécialisée  à l’égard de certains réalisateurs ? Vive le cinéma !

Franz

Marcella succube vs Benoit Hamon pas incube

Après les délires de FOG contre Benoit Hamon, voilà ceux de de Marcella Iacub dont l’article « L’ennui avec Benoit Hamon » (Libé du WE du 01/04 ) me plonge dans une colère noire tant la bêtise des confusions, contradictions et autres approximations (pas de croûtons, c’est dommage, j’adore) est abyssale.

Selon elle, Benoit Hamon est seul responsable de son déclin sondagier à cause d’un trait de sa personnalité : être ennuyeux. Et voilà ce que ce trait représente selon notre pointilleuse analyste :

  • il engendre le silence indifférent des commentateurs.
  • il s’oppose au pouvoir de séduction, indispensable au succès politique. D’ailleurs « aucun leader démocratique ne peut être ennuyeux » car la politique est du côté de la vie alors que l’ennui, au contraire est une force mortifère « qui nous pousse vers la mort » et qui est « à laisser aux dictateurs ».
  • il est donc le signe d’un désir inconscient des supporters de Benoit Hamon d’en finir avec le Parti Socialiste. Ils ne peuvent en effet souhaiter l’élection d’un ennuyeux qui provoquerait des dommages irréparables en France, pays champion du taux de dépressifs.
  • Benoit Hamon lui même, saurait que son destin est ailleurs, du côté de  la « surveillance » et de la « punition » (« huissier, contrôleur de la RATP […] » lui propose-t-elle en tant que fine conseillère professionnelle improvisée, respectueuse des métiers). La preuve : au lieu de communiquer pour lui et sa cause, il accuse tout azimut les autres au nom de « forces obscures » qui les manipulent (alors qu’il en serait la première véritable victime).

Marcella Iacub décidément secouée d’âneries convulsives qu’aucune camisole ne semble pouvoir contenir entre alors en transe et clôt sa danse folle par une figure d’une rare témérité, que j’ai nommée, la « contradiction de la mort » (qui tue) : l’ennui est porté à un tel « degré suprême » par Benoit Hamon, qu’il provoquerait le renoncement ou l’endormissement des adversaires..

Et, finalement, telle la philosophale pierre, le possible succès politique.

Face à ce salmigondis qui ne mérite guère que le vomi qu’il provoque, je laisserai échapper quelques éructations :

  • il est proprement inconcevable qu’un article aussi peu rigoureux où rien n’est défini, argumenté, empiriquement attesté, soit l’oeuvre d’une Directrice de recherche scientifique à l’EHESS. Que répondre  à « aucun leader politique ne peut être ennuyeux », « ennui […] à laisser aux dictateurs » ? A part penser « c’est quoi cette connerie » en déroulant une liste : Trump, Holland, Hitler, Berlusconi, Sarkozy… avec d’absurdes croix à cocher sur les cases « ennuyeux » ou « pas ennuyeux » ? Je fatigue à l’idée d’établir l’inventaire complet de l’arbitraire jeté à tout-va : « l’ennui mortifère », la politique du côté de « la joie », de « la vie » ; les forces obscures dont Benoit Hamon est la cible mais qu’il dénoncerait etc.
  • dans le monde abstrait des médias, du spectacle (et -il paraît, donc- intellectuel) de Marcella Iacub, la chose la plus concrète qu’elle manipule, après le sexe, est constituée par les mots qu’elle articule où écrit. Dès lors, il lui faut du divertissement et de la séduction. En politique comme partout ailleurs. Or, elle découvre, désœuvrée, un homme politique pour qui, à ses yeux, ce n’est pas le cas. Bref, Benoit Hamon ne la fait pas bander et c’est insupportable (DSK, c’était quand même autre chose).
  • dans ce monde des élites dont elle fait partie, son petit ennui subjectif et nombriliste de privilégiée coupée de notre monde, est transformée en loi universelle qui s’abat sur nous, peuple misérable, comme la foudre sur l’arbre innocent.
  • faire le choix d’un tel article à charge contre Benoit Hamon à l’heure de candidats mis en examen et d’une extrême droite au zénith relève d’une très discutable conception de sa propre responsabilité politique et des priorités éditoriales (une telle malveillance gratuite semble augurer d’un discernement très défaillant)
  • dans sa confusion intellectuelle qui consiste à prendre ses sentiments pour des pensées, elle ne peut pas entendre que l’ennui qu’elle éprouve ne regarde qu’elle et peut s’expliquer autrement.
  • en effet, interprété sur le versant intellectuel (du bas latin inodiare, être odieux) et non plus affectif, l’ennui devient un embarras, un problème de fond : la politique c’est du sérieux d’abord et éventuellement de la séduction ensuite, rappelle Benoit Hamon, à contre-courant d’une société faite d’écrans en érection permanente qui se doivent d’éjaculer sans cesse des images orgasmiques.

Je conseille donc à Marcella Iacub de conserver son tropisme sexuel habituel et de ne pas nuire à ceux, ennuyeux ou non, qui peuvent se désoler de la trouver si bête alors qu’elle est si séduisante.

Mes propos seront fatalement eux aussi soumis au double diktat de l’ennui et de la séduction. Pour ma part, je les juge excessifs pour deux raisons. D’abord, j’apprécie régulièrement la chronique de Marcella Iacub ce qu’ils ne permettent guère de supposer.

Ensuite, c’est la première fois depuis presque vingt ans que je me sens représenté par un homme politique. Cet homme est Benoit Hamon qui selon moi porte un projet révolutionnaire où la grandeur de l’homme est d’être un animal politique. Par malheur, c’est cette conception qui n’aurait plus sa place dans la société de l’image qui s’ennuie de tant de sérieux.

Film fantôme

Ce film souffre de nombreux défauts. Le principal est sans doute la médiocrité générale de l’interprétation. La palme à Scarlett Johansson qui semble victime d’une désincarnation plus profonde à chaque nouveau film (Lucy, Avengers, Under the skin, Her) au point de s’interroger : ses choix cinématographiques sont-ils aujourd’hui artistiques ou révélateurs d’une pathologie sur la relation qu’elle entretient avec son apparence et en particulier avec son corps (voir à ce sujet la critique Libé de J. Gester) ? Elle ne joue pas un rôle mais une paralysie générale : moue figée exaspérante ; mobilité d’un corps curieusement disgracieuse. C’est bien un robot, une coquille (shell), mais sans aucune trace humaine même fantomatique (ghost). Le film dès lors rate totalement son plongeon censément philosophique (dualité corps/âme) pour laisser de maigres sillons sur une surface glacée que jamais il ne rompra. Juliette Binoche ou Michael Pitt font dignement tout ce qu’ils peuvent pour transpirer d’humanité face aux robots qui les entourent sans jamais vraiment trouver l’équilibre entre excès et tâtonnements. Takeshi Kitano fidèle à son jeu robotique n’arrange rien à la congélation de l’ensemble… Seul Pilou Asbæk vibre d’humanité de son seul regard que le scénario gâchera dans un choix masochiste incompréhensible. Par ailleurs, le spectacle reste en deçà du déjà vu tandis que les décors peinent à sortir de l’abstraction laide et surchargée. Reconnaissons qu’une coquille, une seule, n’est pas vide : celle de l’escargot obèse auquel la mise en scène a été attelée. Le cinéphile assoiffé d’action meurt déshydraté et l’esthète est outragé. Enfin, la litanie « ce n’est pas tes souvenirs mais tes actes qui te définissent » finit par embarrasser le philosophe le plus profane ou vaguement existentialiste. Laid, superficiel et ennuyeux, voilà un film ni mortel, surtout pas immortel mais tout simplement mort. Vive le cinéma !

Démocra Si ou Non

C’est quoi cette démocratie qui consiste à débattre sans fin sur le vote utile c’est-à-dire : POUR qui voter CONTRE ?

C’est quoi cette démocratie qui voudrait empêcher un candidat soupçonné de fascisme d’être élu si cette même démocratie tolère en même temps qu’une fasciste déguisée soit ce candidat ?

C’est quoi cette démocratie qui accepte que plusieurs candidats à sa présidence soient mis en examen dont ce même fasciste déguisé * ?

C’est quoi cette démocratie otage de partis politiques qui donnent des leçons démocratiques à travers de ridicules primaires antidémocratiques ?

Et bien, cette démocratie n’en est pas une ou alors est en danger de mort.

Alors, laissons les individus voter POUR qui ils veulent. Et s’ils sont POUR le fascisme au pouvoir, on pourra déclarer la démocratie bien morte et nous regarder pour ce que nous sommes : une majorité d’abrutis.

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* Pour des soupçons dont la nature est parfaitement incompatible avec cette démocratie

François Fillon : le syndrome de l’essentialisme divin

Il faut arrêter de traiter François Fillon en être humain comme vous et moi.

François Fillon fait partie de l’élite. Il est le représentant d’une espèce d’être humain supérieure à la nôtre, celle du peuple.

L’appartenance à cette espèce supérieure lui donne des qualités remarquables. Elles expliquent qu’il exerce ce métier d’homme politique, lequel consiste à s’occuper de nous, être inférieurs.

De plus, ces qualités, comme celles de nos anciens rois, sont surhumaines, d’origine divine. Ainsi, François Fillon ne peut-il rendre compte devant la loi humaine car son rôle est de faire cette loi qui s’applique à nous, pas à lui. Allons !

Dès lors, François Fillon règle ses affaires directement avec Dieu. Nous méritons éventuellement ses excuses, son pardon et à nous d’effacer ses fautes (n’a-t-il pas rendu ses costumes, hein ?). Dans son monde règne l’impunité du divin, les fautes ne peuvent pas être punies, elles sont pardonnées. La rédemption, l’absolution lui seront accordées dans le secret de la confession. On n’est pas catholique pratiquant pour rien. Zut !

Donc, il faut laisser François Fillon tranquille ! A moins de lui trancher la tête ? (le vote a remplacé paraît-il la guillotine).

François Fillon : Terroriste de la pensée

J’accuse François Fillon d’être un terroriste de la pensée. Ce mot « terroriste » sera jugé sans aucun doute excessif voire calomnieux au moment où l’actualité est marquée par des actes terroristes qui consistent à tuer des innocents.

Malgré ces prévisibles condamnations je maintiens ce terme, en assume toutes les possibles conséquences et je vais simplement m’efforcer de le justifier.

Éclairons d’abord le sens que je lui donne. Le terrorisme est pour moi la violence commise à l’égard d’innocents. Je me considère alors comme un innocent à qui François Fillon inflige une violence à travers une attitude et des propos qui sont au delà de mes capacités de tolérance.

Il s’agit bien sûr d’une violence symbolique. Je ne suis évidemment pas mort physiquement mais, en moi, une part fondatrice de mon statut d’être humain est en danger de mort.

Cette part est l’indépassable considération que je porte à la question politique. Ainsi, prétendre faire de la politique son métier exige un sens de l’honneur, de la probité, de la morale, de l’engagement pour l’intérêt du plus grand nombre, de l’équité, de l’exemplarité, du désintéressement et de la justice porté au plus haut degré d’exigence et de grandeur dont l’homme est capable.

Nul n’est obligé à prétendre posséder ce sens de l’intérêt public et à devenir un homme politique. A contrario, tout homme politique contrevenant à ce sens ne peut plus prétendre à le rester.

Je considère que les réactions de François Fillon à des accusations suivies de sa mise en examen, sont la preuve qu’il ne possède pas ce sens et qu’il n’a plus aucune crédibilité en tant qu’homme politique.

Il est parfaitement inconcevable qu’il puisse alors être candidat à la présidence de la République, fonction qualifiée de suprême au nom même de ce sens qu’il a définitivement avili.

Voilà pourquoi j’accuse François Fillon d’être un terroriste de la pensée. La violence extrême de ce terme voudrait évoquer la blessure mortelle dont je me sens atteint comme citoyen innocent et méprisé.

De plus je soutiens que ce terrorisme se fait au nom de Dieu. Catholique pratiquant, François Fillon est malade d’essentialisme divin. Convaincu de sa supériorité surhumaine, sa destinée est de faire la loi qui s’applique à nous, peuple constitutif d’une espèce inférieure, mais loi à laquelle il n’a pas de compte à rendre.

Sa loi est celle de Dieu, où les fautes restent impunies mais pardonnées par les hommes auxquels on exprime des excuses et reçoivent l’absolution divine dans le secret de la confession.

  1. Violence exercée à l’encontre d’innocents.
  2. Violence perpétrée au mépris de la loi humaine.
  3. Violence motivée par une loi surhumaine d’un Dieu tout puissant.

Ces 3 éléments définissent François Fillon comme un terroriste de la pensée.

La gagne | Logan

Amène-moi au « paradis » ! Voilà la demande lancinante de Laura à Logan au point de départ de ce film. Une réponse à la fois sérieuse et largement métaphorique y sera apportée magnifiée de noirceur, de violence, d’émotion et de spectaculaire

Hugh Jackman dans un rôle inhabituel où sa sauvagerie se disloque en quelque sorte contre la fraternité (Caliban), la filiation (professeur X) et la paternité (Laura), est poignant. Mêmes ses griffes qui, rassurons-nous, demeurent déchirantes au sens propre, le sont aussi au sens figuré dans leur combat contre une fatalité dont le film descend progressivement les éprouvants échelons.

Laura était un personnage sans doute redoutable à définir et composer. Instrumentaliser l’enfant pour lui donner des caractères d’adulte comporte toujours le risque d’en faire un dangereux modèle pour les plus influençables des jeunes spectateurs. Est-ce l’incroyable expressivité de Dafne Keen ? La qualité de son interprétation ? La direction d’acteurs ? L’ingéniosité de la mise en scène ? La chorégraphie maîtrisée des combats ? Toujours est-il que le personnage de Laura est une totale réussite.

Patrick Stewart (Pr. X), Stephen Merchant (Caliban) ajoutent leur part de sensibilité sans overdose émotionnelle. Certes, lorsqu’une famille innocente est étrangement décimée ou que les morts d’êtres chers se succèdent, le noir est de mise. Heureusement, le sourire n’est pas exclu comme dans l’ellipse d’un combat hors champs entre la frêle Laura et les musculeux sbires du méchant -Boyd Holbrook, lui aussi impeccable- même si la violence atteint des sommets d’intensité. Une scène particulièrement réussie montre une crise du Pr. X qui provoque une paralysie générale des assaillants et de Logan. Celui-ci livre alors un très spectaculaire combat contre lui-même et ses adversaires dans un ballet presque immobile aussi violent qu’inédit.

Le film marque aussi par la grâce d’images simples comme cette croix (+) penchée qui devient un x et Laura entourés d’enfants révoltés comme elle qui courent vers leur liberté. Preuve qu’elle a trouvé son paradis ?

Un King pas si Kong

Ah, le cinéma. Formidable aventure pleine de surprises mauvaises (« The lost city of Z ») ou bonnes, comme « Kong skull island ». J’utilise le mot surprise car comme vous sans doute, je m’engage dans cette aventure cinématographique après m’être assuré au mieux qu’elle sera réussie. Or, là, les critiques de la presse et des spectateurs et il faut bien l’admettre, la tapageuse bande-annonce, ne permettaient guère de prétendre à cette garantie « tous risques » derrière laquelle je persiste naïvement à courir. Mais voilà, avide de divertissement, les forces de séduction ont vaincu des réticences d’autant plus fortes que Peter Jackson avait signé selon moi une indépassable oeuvre de référence.

Voilà pourquoi, la surprise pour « Kong skull island » fut véritablement bonne, très bonne. D’abord, pour les mêmes raisons que celles déjà mentionnées ici ou là : formidable scène d’ouverture (qui se révèle aussi une ellipse plutôt inspirée), réalisation maîtrisée truffée d’effets spéciaux réussis au rythme soutenu, beauté générale des images, décors et de l’éclairage…

Et j’oserai même ajouter à ces raisons formelles quelques motifs de fond. Par exemple : la subtilité très peu bavarde (pour éviter un petit spoiler) par laquelle est célébrée la civilisation de l’inévitable tribu de sauvages, le statut de divinité de Kong expliqué autrement que par le passage obligé par la case « sacrifice humain » avec déplacement vers d’autres bêtes, de la figure du monstre. L’allègement de la romance entre la belle et la bête ainsi que l’économie de la traditionnelle fin m’ont aussi semblé des choix à la fois cohérents et éclairés.

Je ne conteste pas les faiblesses déjà dénoncées ailleurs (légèreté du prétexte initial, manque d’incarnation des personnages…) mais les qualités me paraissent les compenser très largement et justifier une certaine bienveillance. Dès lors, l’émerveillement largement majoritaire et souvent inconditionnel suscité par le film de James Gray m’amène à rapprocher ces 2 œuvres pourtant distinctes pour lancer un cri d’incompréhension et d’injustice : si la cité de Z est bien perdue, Kong, lui, est bien trouvé. Ou, si la cité est morte, vive le roi !

La pas perdue série Z | The lost city of Z

Bien loin de moi la volonté de mettre en cause le talent de James Gray dont je partage le plébiscite critique et public en dépit de réserves face à de possibles accents mélodramatiques à mes yeux excessifs comme par exemple ceux de Two lovers. Il ne faudrait pas pour autant, au nom de ce talent attesté par la qualité majoritairement reconnue à la plupart de ses films, que James Gray reçoive un traitement particulier comme d’autres avant lui pour des raisons analogues. Ce traitement est l’impunité critique.
Tout se passe comme si réussir plusieurs fois abritait de tout échec. Se met en place un bouclier de bienveillance protecteur renforcé par l’usage de lunettes compassionnelles qui empêcheraient désormais toute objectivité. Tim Burton, Woody Allen, Clint Eastwood, Night Shyamalan (que la constance dans le ratage a fini par être sanctionnée -avant une actuelle miraculeuse renaissance ?-), Pedro Almodovar… sont quelques représentants de ces artistes protégés par la grâce d’indéniables réussites.
On peut expliquer cette irrationalité apparente par la difficulté de lutter contre la passion idolâtre que le cinéma excelle à nourrir ou de faire simplement l’aveu qu’un amour pour un réalisateur a été trahi. Cette difficulté se complique chez les critiques de la presse officielle d’enjeux et d’intérêts économiques croisés qui ne favorisent pas la liberté d’opinion.

Ce préambule libère le cri qui m’enrage : Quel film raté que « The lost city of Z » ! Quel insurmontable ennui que le visionnage de cet interminable objet indigeste. Je ne vois rien qui puisse être sauvé tant s’accumulent les traits d’un navet parfait. Les acteurs d’abord. Tous sans exception semblent atteints d’une paralysie partielle qui empêcherait la manifestation d’expressivité émotionnelle ou de tout geste doté d’une mobilité à peu près ordinaire.
Le scénario ensuite. La métamorphose de cet officier avide de réussite en explorateur porteur d’une mission civilisatrice universelle est complètement invraisemblable. L’indifférence portée au fondement historique de cette fameuse city of Z ôte à l’intrigue même du film toute plausibilité et tout intérêt. De là, un écueil de fond plus redoutable encore : L’impossibilité de toute compassion vis-à-vis de ce héros. Son sacrifice d’une vie de famille décrite comme idyllique au nom d’un invraisemblable motif devient le symptôme d’une insondable stupidité, doublée d’une profonde irresponsabilité paternelle (3 enfants l’attendent toute leur vie) et couronnée par une ambition sociale indéfendable. Dès lors, l’abdication de l’épouse pourtant portraiturée comme une féministe d’avant garde renforce le ridicule de l’ensemble.
Par malheur, le spectacle ou l’action ne fournit aucune compensation à moins de s’extasier devant l’apparition éphémère de quelques bébêtes et de paysages dignes d’un banal jardin exotique.
Enfin, il y a la mise en scène. Là, le traitement linéaire de 2h20 est intellectuellement pénible et physiquement épuisant. Dès lors, l’ambition artistique pourtant estimable de certaines reconstitutions échoue à séduire pour s’épuiser dans le ridicule. En outre, et paradoxalement la traduction de la durée de l’action réelle, étendue sur 20 ans, est un échec. Certes, les acteurs se rident mais uniquement sous l’effet du maquillage, car le temps, interminable dans la salle de cinéma est absent à l’écran. Trois expéditions successives en Amérique du sud sont restituées comme on fait ses courses à l’épicerie du coin et leur immatérialité les fait sombrer dans l’abstraction. La dernière de ces expéditions, censément, l’acmé, l’apogée, l’apothéose sensible et esthétique du film m’a trouvé dans la plus parfaite indifférence endormie. Je peine à choisir le terme le plus propre à qualifier la fin qui mêle père et fils dans une destinée commune. Je vous laisse donc le choix du terme : 1) stupide 2) irresponsable 3) ridicule 4) tristement risible. Ci et là, vous pouvez tromper votre ennui si vous êtes joueur, en relevant d’autres symptômes de ce film malade : l’application invraisemblablement scolaire de certains raccords, le piteux « twist final », la pesanteur d’incrustations de texte en guise de label « histoire vraie ». Symptômes que le marteau, outil avec lequel ce film semble avoir été fabriqué n’est pas le plus indiqué.

Allez, de la légèreté pour finir : laissons la city of Z à sa perdition pour s’écrier : si elle est morte, vive le roi, le roi (pas si) Kong !
« Kong : skull island », autre film d’aventure mais dans la catégorie « blockbuster » si souvent déconsidérée, demande bien moins de bienveillance pour en apprécier la réussite formelle et finalement, par comparaison, l’intelligence. Vive le cinéma !

François, sois franc !

Vous en connaissez peut-être. Ceux dont on se permet de dire : pauvres types ou pauvres mecs. Leur bêtise est à la fois aveugle et vaniteuse. Ils vocifèrent leurs ineptes provocations à la morale, la raison ou la logique pour s’extraire de leur prison d’indignité, de folie ou d’idiotie tout en sachant confusément la vanité de leurs efforts. Ils nous inspirent de la colère et en même temps de la compassion car on sait avec certitude leur cause perdue. Selon la proportion respective de ces sentiments chez l’un ou l’autre d’entre nous, ils recevront dans leur gueule le poing de certains tandis que d’autres se contenteront d’un regard tendu de mépris dédaigneux.

François Fillon va vers sa perte. Tous les jours, le mur dans lequel il va s’écraser lamentablement se rapproche. Il le sait mais ne peux se résoudre à l’admettre car son aveu mettrait fin à son existence sur la planète fictive dans laquelle il a toujours vécu.

Sur cette planète, les êtres sont appelés élites et bénéficient de privilèges. Anciennement, l’accès à ces privilèges était justifié par la reconnaissance d’un caractère divin à ces êtres. Cette croyance semble d’ailleurs persister dans l’esprit de certains, croyance aujourd’hui identifiée par la psychiatre moderne comme une maladie mentale. Philosophes et sociologues ont aussi clairement montré que le fascisme peut être un des symptômes de cette maladie.

Les légères évolutions de cette planète sont causées par ses rencontres occasionnelles avec celle habitée par le peuple. Plutôt rares, ces contacts interplanétaires sont programmés lors de cérémonies rituelles appelées votes. Après des combats d’idées purement symboliques entre ces élites constitués en clans et arbitrés par le suffrage du peuple, les vainqueurs d’un jour sont les vaincus du lendemain. La distribution des privilèges connaît alors de modiques corrections. Un bouclier constitué de lois édictées par ces élites d’où émanent leurs privilèges protègent leur planète de perturbations banales que sont par exemple les grèves, manifestations ou violences collectives.

Des collisions plus brutales, extrêmement rares et imprévues, surviennent parfois au gré de circonstances historiques particulières relayées par des actions citoyennes de grande ampleur. Les cas extrêmes sont dits révolutionnaires.

Aucun mouvement humain, fût-il révolutionnaire, n’a toutefois jamais renversé la loi astronomique universelle : la révolution est d’abord le mouvement inexorable de planètes sur des orbites étrangers les uns aux autres.

Le peuple va trancher symboliquement la tête de François Fillon. C’est un progrès. Mais la course à travers le temps et l’espace des élites et de leurs privilèges continue.