La gagne | Logan

Amène-moi au « paradis » ! Voilà la demande lancinante de Laura à Logan au point de départ de ce film. Une réponse à la fois sérieuse et largement métaphorique y sera apportée magnifiée de noirceur, de violence, d’émotion et de spectaculaire

Hugh Jackman dans un rôle inhabituel où sa sauvagerie se disloque en quelque sorte contre la fraternité (Caliban), la filiation (professeur X) et la paternité (Laura), est poignant. Mêmes ses griffes qui, rassurons-nous, demeurent déchirantes au sens propre, le sont aussi au sens figuré dans leur combat contre une fatalité dont le film descend progressivement les éprouvants échelons.

Laura était un personnage sans doute redoutable à définir et composer. Instrumentaliser l’enfant pour lui donner des caractères d’adulte comporte toujours le risque d’en faire un dangereux modèle pour les plus influençables des jeunes spectateurs. Est-ce l’incroyable expressivité de Dafne Keen ? La qualité de son interprétation ? La direction d’acteurs ? L’ingéniosité de la mise en scène ? La chorégraphie maîtrisée des combats ? Toujours est-il que le personnage de Laura est une totale réussite.

Patrick Stewart (Pr. X), Stephen Merchant (Caliban) ajoutent leur part de sensibilité sans overdose émotionnelle. Certes, lorsqu’une famille innocente est étrangement décimée ou que les morts d’êtres chers se succèdent, le noir est de mise. Heureusement, le sourire n’est pas exclu comme dans l’ellipse d’un combat hors champs entre la frêle Laura et les musculeux sbires du méchant -Boyd Holbrook, lui aussi impeccable- même si la violence atteint des sommets d’intensité. Une scène particulièrement réussie montre une crise du Pr. X qui provoque une paralysie générale des assaillants et de Logan. Celui-ci livre alors un très spectaculaire combat contre lui-même et ses adversaires dans un ballet presque immobile aussi violent qu’inédit.

Le film marque aussi par la grâce d’images simples comme cette croix (+) penchée qui devient un x et Laura entourés d’enfants révoltés comme elle qui courent vers leur liberté. Preuve qu’elle a trouvé son paradis ?

Un King pas si Kong

Ah, le cinéma. Formidable aventure pleine de surprises mauvaises (« The lost city of Z ») ou bonnes, comme « Kong skull island ». J’utilise le mot surprise car comme vous sans doute, je m’engage dans cette aventure cinématographique après m’être assuré au mieux qu’elle sera réussie. Or, là, les critiques de la presse et des spectateurs et il faut bien l’admettre, la tapageuse bande-annonce, ne permettaient guère de prétendre à cette garantie « tous risques » derrière laquelle je persiste naïvement à courir. Mais voilà, avide de divertissement, les forces de séduction ont vaincu des réticences d’autant plus fortes que Peter Jackson avait signé selon moi une indépassable oeuvre de référence.

Voilà pourquoi, la surprise pour « Kong skull island » fut véritablement bonne, très bonne. D’abord, pour les mêmes raisons que celles déjà mentionnées ici ou là : formidable scène d’ouverture (qui se révèle aussi une ellipse plutôt inspirée), réalisation maîtrisée truffée d’effets spéciaux réussis au rythme soutenu, beauté générale des images, décors et de l’éclairage…

Et j’oserai même ajouter à ces raisons formelles quelques motifs de fond. Par exemple : la subtilité très peu bavarde (pour éviter un petit spoiler) par laquelle est célébrée la civilisation de l’inévitable tribu de sauvages, le statut de divinité de Kong expliqué autrement que par le passage obligé par la case « sacrifice humain » avec déplacement vers d’autres bêtes, de la figure du monstre. L’allègement de la romance entre la belle et la bête ainsi que l’économie de la traditionnelle fin m’ont aussi semblé des choix à la fois cohérents et éclairés.

Je ne conteste pas les faiblesses déjà dénoncées ailleurs (légèreté du prétexte initial, manque d’incarnation des personnages…) mais les qualités me paraissent les compenser très largement et justifier une certaine bienveillance. Dès lors, l’émerveillement largement majoritaire et souvent inconditionnel suscité par le film de James Gray m’amène à rapprocher ces 2 œuvres pourtant distinctes pour lancer un cri d’incompréhension et d’injustice : si la cité de Z est bien perdue, Kong, lui, est bien trouvé. Ou, si la cité est morte, vive le roi !

La pas perdue série Z | The lost city of Z

Bien loin de moi la volonté de mettre en cause le talent de James Gray dont je partage le plébiscite critique et public en dépit de réserves face à de possibles accents mélodramatiques à mes yeux excessifs comme par exemple ceux de Two lovers. Il ne faudrait pas pour autant, au nom de ce talent attesté par la qualité majoritairement reconnue à la plupart de ses films, que James Gray reçoive un traitement particulier comme d’autres avant lui pour des raisons analogues. Ce traitement est l’impunité critique.
Tout se passe comme si réussir plusieurs fois abritait de tout échec. Se met en place un bouclier de bienveillance protecteur renforcé par l’usage de lunettes compassionnelles qui empêcheraient désormais toute objectivité. Tim Burton, Woody Allen, Clint Eastwood, Night Shyamalan (que la constance dans le ratage a fini par être sanctionnée -avant une actuelle miraculeuse renaissance ?-), Pedro Almodovar… sont quelques représentants de ces artistes protégés par la grâce d’indéniables réussites.
On peut expliquer cette irrationalité apparente par la difficulté de lutter contre la passion idolâtre que le cinéma excelle à nourrir ou de faire simplement l’aveu qu’un amour pour un réalisateur a été trahi. Cette difficulté se complique chez les critiques de la presse officielle d’enjeux et d’intérêts économiques croisés qui ne favorisent pas la liberté d’opinion.

Ce préambule libère le cri qui m’enrage : Quel film raté que « The lost city of Z » ! Quel insurmontable ennui que le visionnage de cet interminable objet indigeste. Je ne vois rien qui puisse être sauvé tant s’accumulent les traits d’un navet parfait. Les acteurs d’abord. Tous sans exception semblent atteints d’une paralysie partielle qui empêcherait la manifestation d’expressivité émotionnelle ou de tout geste doté d’une mobilité à peu près ordinaire.
Le scénario ensuite. La métamorphose de cet officier avide de réussite en explorateur porteur d’une mission civilisatrice universelle est complètement invraisemblable. L’indifférence portée au fondement historique de cette fameuse city of Z ôte à l’intrigue même du film toute plausibilité et tout intérêt. De là, un écueil de fond plus redoutable encore : L’impossibilité de toute compassion vis-à-vis de ce héros. Son sacrifice d’une vie de famille décrite comme idyllique au nom d’un invraisemblable motif devient le symptôme d’une insondable stupidité, doublée d’une profonde irresponsabilité paternelle (3 enfants l’attendent toute leur vie) et couronnée par une ambition sociale indéfendable. Dès lors, l’abdication de l’épouse pourtant portraiturée comme une féministe d’avant garde renforce le ridicule de l’ensemble.
Par malheur, le spectacle ou l’action ne fournit aucune compensation à moins de s’extasier devant l’apparition éphémère de quelques bébêtes et de paysages dignes d’un banal jardin exotique.
Enfin, il y a la mise en scène. Là, le traitement linéaire de 2h20 est intellectuellement pénible et physiquement épuisant. Dès lors, l’ambition artistique pourtant estimable de certaines reconstitutions échoue à séduire pour s’épuiser dans le ridicule. En outre, et paradoxalement la traduction de la durée de l’action réelle, étendue sur 20 ans, est un échec. Certes, les acteurs se rident mais uniquement sous l’effet du maquillage, car le temps, interminable dans la salle de cinéma est absent à l’écran. Trois expéditions successives en Amérique du sud sont restituées comme on fait ses courses à l’épicerie du coin et leur immatérialité les fait sombrer dans l’abstraction. La dernière de ces expéditions, censément, l’acmé, l’apogée, l’apothéose sensible et esthétique du film m’a trouvé dans la plus parfaite indifférence endormie. Je peine à choisir le terme le plus propre à qualifier la fin qui mêle père et fils dans une destinée commune. Je vous laisse donc le choix du terme : 1) stupide 2) irresponsable 3) ridicule 4) tristement risible. Ci et là, vous pouvez tromper votre ennui si vous êtes joueur, en relevant d’autres symptômes de ce film malade : l’application invraisemblablement scolaire de certains raccords, le piteux « twist final », la pesanteur d’incrustations de texte en guise de label « histoire vraie ». Symptômes que le marteau, outil avec lequel ce film semble avoir été fabriqué n’est pas le plus indiqué.

Allez, de la légèreté pour finir : laissons la city of Z à sa perdition pour s’écrier : si elle est morte, vive le roi, le roi (pas si) Kong !
« Kong : skull island », autre film d’aventure mais dans la catégorie « blockbuster » si souvent déconsidérée, demande bien moins de bienveillance pour en apprécier la réussite formelle et finalement, par comparaison, l’intelligence. Vive le cinéma !

François, sois franc !

Vous en connaissez peut-être. Ceux dont on se permet de dire : pauvres types ou pauvres mecs. Leur bêtise est à la fois aveugle et vaniteuse. Ils vocifèrent leurs ineptes provocations à la morale, la raison ou la logique pour s’extraire de leur prison d’indignité, de folie ou d’idiotie tout en sachant confusément la vanité de leurs efforts. Ils nous inspirent de la colère et en même temps de la compassion car on sait avec certitude leur cause perdue. Selon la proportion respective de ces sentiments chez l’un ou l’autre d’entre nous, ils recevront dans leur gueule le poing de certains tandis que d’autres se contenteront d’un regard tendu de mépris dédaigneux.

François Fillon va vers sa perte. Tous les jours, le mur dans lequel il va s’écraser lamentablement se rapproche. Il le sait mais ne peux se résoudre à l’admettre car son aveu mettrait fin à son existence sur la planète fictive dans laquelle il a toujours vécu.

Sur cette planète, les êtres sont appelés élites et bénéficient de privilèges. Anciennement, l’accès à ces privilèges était justifié par la reconnaissance d’un caractère divin à ces êtres. Cette croyance semble d’ailleurs persister dans l’esprit de certains, croyance aujourd’hui identifiée par la psychiatre moderne comme une maladie mentale. Philosophes et sociologues ont aussi clairement montré que le fascisme peut être un des symptômes de cette maladie.

Les légères évolutions de cette planète sont causées par ses rencontres occasionnelles avec celle habitée par le peuple. Plutôt rares, ces contacts interplanétaires sont programmés lors de cérémonies rituelles appelées votes. Après des combats d’idées purement symboliques entre ces élites constitués en clans et arbitrés par le suffrage du peuple, les vainqueurs d’un jour sont les vaincus du lendemain. La distribution des privilèges connaît alors de modiques corrections. Un bouclier constitué de lois édictées par ces élites d’où émanent leurs privilèges protègent leur planète de perturbations banales que sont par exemple les grèves, manifestations ou violences collectives.

Des collisions plus brutales, extrêmement rares et imprévues, surviennent parfois au gré de circonstances historiques particulières relayées par des actions citoyennes de grande ampleur. Les cas extrêmes sont dits révolutionnaires.

Aucun mouvement humain, fût-il révolutionnaire, n’a toutefois jamais renversé la loi astronomique universelle : la révolution est d’abord le mouvement inexorable de planètes sur des orbites étrangers les uns aux autres.

Le peuple va trancher symboliquement la tête de François Fillon. C’est un progrès. Mais la course à travers le temps et l’espace des élites et de leurs privilèges continue.

Pénélope, rime (très) riche…

Il y a, dans l’emploi supposé fictif d’assistante parlementaire de Pénélope Fillon, au moins 4 niveaux de scandale.

> Qu’un élu puisse salarier un membre de sa famille. C’est tout simplement de l’oligarchie : le pouvoir décide arbitrairement qu’une minorité de personnes constitue une classe dominante.

Qu’il n’y ait aucun contrôle de l’effectivité de l’emploi occupé. L’élu est employeur et contrôle lui-même….

> Que le salaire puisse être aussi considérable. Le plafond initial de 4750 € (entre mari et femme) à été porté jusqu’à 7900 € ! (l’astuce : Pénélope Fillon était déclarée assistante du suppléant de son mari). Il ne suffit pas alors selon moi que l’emploi ne soit pas fictif. Il faut aussi et surtout justifier que le travail fourni mérite cette somme hors norme (salaire moyen net en France : 2202 €). Or, on peut légitimement en douter. Le débat ouvert apparaît en conséquence bien fallacieux et n’a finalement à mes yeux guère d’objet. L’emploi exercé par Mme Fillon est à ce titre forcément fictif.

> Que chaque député dispose d’une enveloppe de 9 561 € destinée à  rémunérer leurs assistants (en sus d’un salaire de 7 100,15 €). Je ne vois là qu’insupportables privilèges, vestiges d’un régime monarchique toujours en place (la masse salariale annuelle des 577 députés est donc de 115 millions et 361 802,6 € exactement).

Pour conclure, ce fait met clairement en évidence l’imposture des principes d’égalité et de liberté devant la loi proclamés avec tant de solennité incantatoire dans nos textes constitutionnels. « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui (art. 4) » nous dit la Déclaration de 1789. Et bien c’est faux, quand le « pouvoir faire » de Mme Fillon (recevoir 4900 € d’argent public de son mari sans condition) n’a rien à voir avec celui du citoyen lambda  et quand les les « bornes » de la liberté qui « ne peuvent être déterminées que par la Loi » selon le même texte, ne le sont justement pas. Lorsque la loi est injuste, les citoyens auxquels elle s’applique ont toute la liberté de ne pas avoir de morale.

Une conclusion analogue s’applique évidemment au second emploi supposé fictif de Mme Fillon à la Revue des 2 mondes. Il suffit pour cela de remplacer le « pouvoir faire » de la peut-être future première dame de France, par « recevoir d’un ami en salaire privé 100 000 € sans condition ».

Enfin, ces faits mettent directement en cause un ancien député, ministre, puis premier ministre de la France : François Fillon, a eu le pouvoir législatif puis exécutif, de corriger une loi injuste. Or, il en aurait surtout profité.

Il découle de ces observations que M. Fillon, contrairement à sa moralité autoproclamée, n’en aurait pas, car ses actes trahissent une conception de l’homme ni juste, ni solidaire et surtout pas égalitaire.
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Sources : Libération du 26/01/2016 | http://www.leblogpatrimoine.com/bourse/statistique-sur-les-revenus-et-le-niveau-de-vie-des-francais-en-2016.html | http://www.marianne.net/voici-les-2-notes-100000eu-penelope-fillon-revue-deux-mondes-100249455.html

En bref

  • > Fillon ne fait pas rêver ? Mais si : le cauchemar est un  rêve, non ?
  • > François Fiction| Dans la famille Fillon, tout est fictif. Exemple. Fillon sénateur : 8 interventions et 1 question écrite pour un mandat de 21 mois. Salaire sur la période : 150 000 € bruts, 100 % fictif brut.

Sources : https://www.nossenateurs.fr/francois-fillon| https://www.senat.fr/role/senateurs_info/statut.html

Révolution Hamonienne

Benoit Hamon est un visionnaire. A ce titre, comme tous les visionnaires avant lui, il est rejeté par les hommes sans imagination qui attendent du passé qu’il modèle l’avenir.

Ces hommes, prisonniers de pensées, cultures et valeurs datées, sont incapables de discernement. Ils ne peuvent faire la différence entre une idée neuve déduite de l’analyse du monde tel qu’il est, et une idée farfelue construite à partir d’une représentation fantasmée du monde tel qu’il pourrait être. Ils ne détectent que le connu et s’en délectent.

Exemple : « mon Dieu, il y a 2 gauches irréconciliables !!! »

Admettons. Et alors ? pourrait-on leur répondre. Où est le problème ? Mieux vaut deux, qu’une ou pas du tout. Ne peut-on voir là, le signe d’une transition entre deux modèles, dont l’obsolescence de l’un va se dissoudre dans la modernité de l’autre ?

Écoutons-les encore : « C’est la fin du PS ! ».

Admettons. Et alors ? (etc.). Il est fort possible que le PS soit parvenu au stade historique de sa disparition dont les historiens du XXIIe siècle rapporteront la chronique : « Benoit Hamon, homme politique, président de la République française, initiateur du nouveau parti socialiste… ». La pensée de gauche, elle, est bien en vie, voilà l’essentiel. Pour preuve : elle se renouvelle, nourrie par la vigueur et l’originalité de nouvelles générations.

Mais tendons encore l’oreille : « Allons, disent-ils, le RUE, ça ne peut pas être financé ! ».

Admettons (etc.). Ils confondent politique et comptabilité. Or, l’homme d’Etat n’est pas expert comptable (s’il l’a été un jour, merci de m’expliquer alors le niveau de la dette). La valeur d’une idée ne se mesure pas à sa solvabilité comme l’a magistralement démontré le désormais tristement célèbre CICE. C’est au contraire parce qu’elle est bonne, qu’une idée montrera sa faisabilité financière.

Ces hommes sans imagination pullulent dans les institutions et les mass média qu’ils ont la charge de perpétuer en même temps qu’ils participent à la standardisation des représentations collectives. Parmi eux, de nombreux journalistes dont évidemment quelques dinosaures : http://www.programme-tv.net/news/tv/106178-franz-olivier-giesbert-compare-la-politique-de-benoit-hamon-a-celle-de-donald-trumpi-video/.

Ces hommes sans imagination barreront désormais continuellement la route de Benoit Hamon. Il les trouvera à la tête du public converti à leur conformisme et main dans la main de ses adversaires car ces derniers ne demanderont jamais autant que lui la remise en cause de leur prêt-à-penser.

Il lui faut donc plus que jamais toute notre imagination pour placer l’innovation au pouvoir.

A quoi sert la politique ?

La politique est une pratique de gouvernement d’une société. Elle est exercée, dans une démocratie représentative, par des élus grâce aux suffrages d’une majorité des hommes constitutifs de cette société qui leur confient la responsabilité de servir l’intérêt du plus grand nombre.

Cette première réponse offre plusieurs zones d’ombre dont une seule pourtant retiendra mon attention. Elle contient un mot qui à mes yeux exige d’être questionné en priorité car il renferme la réponse à notre question de départ : l’Homme.

Qu’est-ce-que l’Homme ?

Cette question n’a pas de réponse immédiate, simple et définitive.Pourquoi ? A cause de la diversité des Hommes. Quoi de commun entre Einstein et Hitler ? Il faudrait, pour répondre, trouver le point commun à tous les Hommes et retenir une définition « moyenne », appauvrie de ce que l’Homme fait de mieux ou de pire. Ce serait absurde. La solution est donc de renoncer à trouver une réponse. Et d’accepter de vivre non pas en tant qu’Homme mais avec l’idée que l’on a de lui.

On peut d’ailleurs être aussi un Homme sans se poser pour autant cette question ou tout simplement, sans savoir y répondre.

Pourtant, nous vivons tous à partir d’une idée de l’Homme ou à l’inverse, notre façon de vivre renseigne sur cette idée. Consciente ou non, l’idée que l’Homme se fait de l’Homme fait de lui… un Homme.

Cette idée de l’Homme nous est apportée par l’Homme que nous sommes et les Hommes que nous rencontrons concrètement ou en imagination (la lecture par exemple, est une rencontre). On peut imaginer que celui qui ne rencontre aucun Homme pensera que tous les Hommes lui ressemblent. S’il est artiste, son idée de l’Homme sera : « l’Homme est un artiste ». Si ce même Homme multiplie les rencontres réelles ou imaginaires, son idée de l’Homme pourrait être : « l’Homme est ou non un artiste ».

Finalement, chacun son idée et ce débat est vain ?

Non. A cause de la vie en société. Vivre ensemble suppose le partage d’une même idée de l’Homme ou tout au moins, d’idées de l’Homme compatibles entre elles.

Or, qui se charge de faire en sorte que les Hommes vivant dans une même société aient des idées de l’Homme qu’ils acceptent de partager ?

Pour moi, c’est la politique. Elle a pour rôle premier de fixer, de proposer explicitement, puis de maintenir une idée de l’Homme. C’est une mission fondatrice de la société qu’elle se propose de gouverner. L’institutionnalisation de cette idée la transforme en quelque sorte en définition « officielle » de ce qu’est l’Homme. Définir et appliquer un programme politique à partir de cette idée est un rôle second.

Or, je considère qu’aujourd’hui la politique n’assure pas ce rôle premier. Les batailles permanentes entre programmes concurrents attestent d’une focalisation insensée sur son rôle second. Plus encore, la diffusion d’idées de l’Homme implicites se trouve favorisée dont certaines peuvent être contraires justement à la possibilité de tout partage, voire même, d’une société. Il en est par exemple ainsi du libéralisme qui, comme je le développerai ailleurs, dissimule selon moi un fascisme.

Ce manquement de la politique à ce rôle premier relève d’un déficit constitutionnel. Une idée de l’Homme acceptée par tous les hommes mais aussi la responsabilité de l’exercice de la politique vis-à-vis de cette idée doivent être clairement affirmées dans une nouvelle Constitution.

Ce manquement explique à la fois le morcellement d’une société orpheline d’une idée commune de l’Homme et le naufrage des gouvernements que je constate avec d’autres en France ou à l’étranger.